Yi Yi
(A One and a Two…)

Edward Yang
Sélection Officielle
Prix de la mise en scène


D'emblée : pour l'auteur de ces lignes, Yi Yi est l'un des plus beaux films vus au Festival cette année toutes sélections confondues. Il n'est pas sûr d'ailleurs que Cannes soit le lieu idéal pour découvrir une telle œuvre qui demande un minimum de disponibilité à un festivalier souvent pressé et/ou fatigué.
En effet, cette fresque pointilliste de près de trois heures qui brasse, au travers d'une famille taiwanaise (*), un état des lieux du monde au tournant du millénaire, est aussi un film secret et fragile. Ainsi tout le début est filmé avec minutie mais dans une neutralité trompeuse quant à l'ambition du projet, dont l'ampleur ne se dévoilera que peu à peu.
Soit donc la vie de la famille Jian : un père, cadre moyen que son travail ennuie, une mère en retraite spirituelle ; la fille a”née qui s'éveille à l'amour et le petit dernier, un garçon facétieux (à qui l'on doit certains des plus beaux moments du film) ; l'aïeule enfin, proche de la fin.
Structuré autour de trois événements sociaux, un mariage, une naissance et un décès, Yi Yi se développe selon de riches harmoniques. Le titre déjà y invite (yi yi est l'expression qui marque le tempo, a one and a two an anglais), mais ce sont les analogies musicales qui viennent spontanément à l'esprit pour définir à la fois le traitement des thèmes et l'organisation spatiale qui fonde toute la mise en scène.

Chaque personnage (tous portent de curieux noms dédoublés : Yang-Yang, Ting-Ting… !) a droit à ses parties solo (sa vie à lui), puis à des duos (affrontements familiaux, rencontres extérieures). Peu à peu, ces fils narratifs (mélodiques ?) se recoupent et se combinent pour fusionner dans un accomplissement plastique et émotionnel qui culmine avec les expériences parallèles du père (qui retrouve son premier amour) et de la fille (qui vit son premier flirt) : chacun, dans des pays différents et au-delà des générations, retrouve les mêmes gestes dans des lieux identiques.
Sans pathos, et avec une attention de tous les instants, Edward Yang parle des petits riens de la vie, du découragement face à la complexité du monde de l'an 2000, mais aussi des raisons d'espérer ; et l'émotion s'installe, intense.
Alors, un, deux, c'est la vie (hélas) ; un, deux, trois… la vie continue (c'est heureux) et Yi Yi en constitue une bien belle tranche.
(*) et à laquelle toute personne de même niveau social peut aisément s'identifier, mondialisation aidant, les différences culturelles tendent à s'estomper.

Pierre Soubeyras

2h53 - Taiwan - Scénario et dialogue : Edward Yang - Images : Yang Weihan - Décor et musique : Kaili Peng - Montage : Chen Bowen - Interprètes : Wu Nianzhen, Kelly Lee, Jonathan Chang, Issey Ogata, Elaine Jin, Ke Suyun.

RETOUR À L'INTRODUCTION

RETOUR A LA LISTE DES FILMS