Vatel
Roland Joffé
Sélection Officielle
hors compétition

colère

critique de Marie-Jo Astic

 

Mission impossible ayant déjà copieusement servi, le film s'appelle Vatel. Il s'agit pourtant pour ce dernier, artiste doué d'inappréciables talents, d'éblouir Louis XIV, roi soleil en personne, et toute sa cour, durant trois jours et trois nuits de fêtes, festins et plus si affinités : l'événement se doit d'être suffisamment grandiose pour que l'hôte de céans, le Prince de Condé, regagne les faveurs de Sa Majesté. Tout se passe à merveille jusqu'au dernier dîner, le tant attendu jour du poisson, où les effets d'une météo et d'une marée néfastes œuvrent comme un séisme annihilant les précédents succès et emportant avec lui l'éphémère gloire de Vatel.
L'ensemble est si éprouvant à force de vivacité et de vaine agitation qu'on ne pourra plus taxer désormais le film en costumes d'œuvre figée : ce bon Vatel est partout, des cuisines au grenier, des salons aux jardins, en passant occasionnellement par le lit d'Anne de Montausier, elle-même ardemment attendue dans celui du Roi.

Les mises en scènes des spectacles, au bon déroulement desquels les vies de quelques manants sont discrètement sacrifiées, sont assommantes d'une magnificence à répétition qui épate toutefois ces aristocrates, il est vrai copieusement dégénérés. Leurs destinées et leurs états d'âme, si toutefois ils en ont une, ne draine, de la part du spectateur roturier que nous sommes qu'indifférence et « vivement le dernier jour ».
Reste Vatel qui, issu du peuple, semble encore capable d'un peu d'esprit de révolte et de sentiments sincères au milieu de cette foultitude de bassesse et misérables intrigues.
Reste Depardieu, qui, imperturbable, compose aussi bien avec le beau monde, qu'avec la valetaille ou les créanciers du Prince et fait merveille en cuisine, où il hume, goûte, commente les saveurs. Cela doit lui rappeler confusément quelque chose.

Marie-Jo Astic

 

1h57 - France - Scénario et dialogue : Jeanne Labrune, Tom Stoppard - Images : Robert Fraisse - Décor : Cecilia Monteil - Montage ; Noëlle Boisson - Interprètes : Gérard Depardieu - Uma thurman, tim Roth, Julian Glover, Timothy Spall, Arielle Dombasle, Hywel Bennet, Richard Griffiths, Murray Lachlan Young.

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