Tout va bien,
on s'en va
(Everything's Fine, We're Living)
Claude Mouriéras
Quinzaine des Réalisateurs

très content

critique de Marie-Jo Astic

 

Laure, Béatrice et Claire sont sœurs et vivent à Lyon : trois tempéraments, trois itinéraires différents mais qui restent soudés, malgré les petites querelles vite oubliées pour raison d'esprit de famille. Laure est l'aînée et a tendance à se prendre pour la mère, Béatrice étale un peu sa réussite professionnelle, Claire galère pas mal en attendant que ses talents de pianiste soient reconnus. Chacune essaie de vivre dans un assez bel enthousiasme, jusqu'au jour où un revenant va faire éclater toute leur fragilité. L'assurance affichée se trouve à la merci d'une histoire de famille qui va tourner à un règlement de compte que personne n'a vraiment voulu.
Louis, le père, revient donc après quinze ans d'absence pendant lesquels il s'est fait une nouvelle vie. Claire est sa première cible : elle est la plus jeune et a sans doute moins été marquée que ses sœurs par l'ancienne rupture. En effet, les retrouvailles avec Laure, puis Béatrice vont faire se rouvrir les plaies et les blessures qui les hantent depuis leur adolescence. La rancœur et la haine abîment tout sur le passage de Louis, qui s'impose comme un héritage dont elles ne veulent pas mais auquel elles ne peuvent échapper. Chacune à leur façon, elles vont vivre le poids de cette paternité qu'elles ont tout fait pour gommer de mémoire.

Avec ce quatrième personnage, la petite famille éclate et le mal des mots, depuis si longtemps enfouis au plus profond d'elles-mêmes, va faire son œuvre : ces mots-là, que l'on sait amplement mérités défoulent dans un premier temps, puis, au lieu de produire l'effet escompté, viennent torturer à petits feux celles qui les ont prononcés.
A tort sans doute, puisque Louis, qu'il nous apparaisse odieux opportuniste ou chien errant pitoyable, reste lucide de bout en bout : finalement, ces filles-là, il ne les aime pas, elles l'emmerdent et il n'éprouve aucun remord de les avoir abandonnées hier, pas plus que de leur imposer aujourd'hui une charge forcée.
A l'instar des personnages, l'histoire, fragile, est sans cesse sur le point de basculer, créant des situations où tout peut être du domaine du possible, sans jamais que l'on puisse deviner jusqu'où elle va aller. La peinture des caractères est ici d'une exceptionnelle finesse et chacun y retrouve obligatoirement une partie de sa propre existence.
Michel Piccoli, Miou-Miou, Sandrine Kiberlain, Natacha Régnier donnent tout leur talent, avec un petit point en plus dans l'excellence pour Sandrine Kiberlain.

Marie-Jo Astic

1h36 - France - Scénario : Claude Mouriéras - Images : William Lubtchansky - Décor : Vouter Zoon - Son : Jean-Pierrre Duret, Brigitte Taillandier - Montage : Monique Dartonne - Interprètes : Michel Piccoli, Miou-Miou, Sandrine Kiberlain, Natacha Régnier.

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