Tabou
(Gohatto)

Nagisa Oshima
Sélection Officielle

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Il y a la force hiératique de ces " samouraïs " aux codes moraux implacables, pour qui la mort est un compagnon de route, et qui lient la vie à leur capitaine d'armes.
Il y a le visage angélique de Sobazuro Kano, un élève qui intègre la milice après un combat contre le meilleur des officiers, Soji Okita, et porte en lui le dérèglement des sens.
Entre ces deux univers, la révolution de Meiji s'annonce. 1865 : le Japon s'ouvre aux étrangers, aux barbares, et plus que jamais, la tradition est un rempart contre le désordre.
Mais qu'en est-il du désordre amoureux induit par Sobazuro Kano ?
Nagisa Oshima n'a tourné que deux films ces vingt dernières années. On attendait avec gourmandise cet opus au titre provocant : Tabou.
A l'univers militaire immaculé, aux combats de kendo avec ces tenues propres à l'art martial, il va opposer la moue enfantine, la mèche rebelle et les transgressions physiques d'un homme qui aime, et les autres hommes, et la mort.
Des combats filmés à la perfection, avec ce son si particulier des sabres qui s'affrontent, des regards qui décha”nent la foudre, des mouvements gracieux qui portent l'énergie la plus brutale, nous sommes dans l'univers samouraï quand le réalisateur entrouvre les portes de la passion.

Dans la milice, il n'y a pas de rejet réel de l'homosexualité, simplement l 'impression diffuse que cette attitude met en péril l'harmonie de la milice et donc son efficacité.Sobazuro Kano va pouvoir séduire et tenter d'aimer certains des officiers sans qu'au fond il n'y ait de jugement moral.
Mais entre la force des armes et la puissance de l'amour, des événements extérieurs (les inquiétudes du Japon, la provocation d'une autre milice) vont dérégler le subtil équilibre, et " Beat Takeshi " Kitano et le commandant de l'unité prendront la décision de supprimer la source potentielle des risques que représente Kano.
C'est comme un pommier en fleurs que " takeshi " abat dans la scène finale ; c'est une fleur que l'on arrache.
La musique de Ryuiichi Sakamoto, les images léchées aux couleurs chaudes, l'ampleur des mouvements subtils de la caméra, les acteurs qui jouent à la perfection nous permettent de retrouver ce cinéma nippon que l'on croyait disparu depuis la mort de Kurosawa. Oshima rajoute cette touche qui est devenue sa marque : une plongée dans les tréfonds de l'âme humaine, à l'endroit exact où le sexe dérègle la vie de l'être humain.

Jean-Paul Icardi

1h40 - Japon - Scénario et dialogues : Nagisa Oshima - Images : Toyomichi Kurita - Décor : Yoshinobu Nishioka - Musique : Ryuichi Sakamoto - Montage : Tomoyo Oshima - Interprètes : Beat Takeshi, Ryuhei Matsuda, Shinji Takeda, Tadanobu Asano, Yoichi Sai.

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