Le Tableau noir
(The Blackboard - Takhté Siah)

Samira Makhmalbaf
Sélection Officielle
Prix du Jury ex-æquo


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critique de Jean Gouny

 

Oublions un moment le multimédia et l’Internet envahissant les écoles, et revenons aux vertus du Tableau noir
À la suite d’un bombardement dans le Kurdistan iranien, des instituteurs errent de villages en villages à la recherche de jeunes (ou moins jeunes) élèves à qui transmettre le savoir minimum des chiffres et des lettres. L’un d’entre eux, Reeboir, va croiser un groupe d’adolescents plus intéressés par les maigres gains provenant de leur marché noir entre l’Iran et l’Irak que par l’écriture ou le calcul. Said, un autre instituteur, partagera le périple d’une centaine de vieillards, fatigués et affamés, franchissant la frontière pour rejoindre leur terre natale et y finir leurs jours. Si ce n’est pour la jeune veuve Halaleh que son vieux père désirerait marier avant de mourir, la craie blanche ne servira pas beaucoup.
Pour son deuxième long métrage, Samira Makhmalbaf a changé de décor, de rythme et de style. Production plus ambitieuse que La Pomme, sans doute grâce au succès de ce dernier, l’œuvre perd un peu en fraîcheur et a du mal à garder un

équilibre rythmique sur la durée. Ses qualités sont dans la réussite à rendre perceptibles les aigreurs enfouies des vieillards, les désillusions précoces des enfants, les frustrations des femmes et cette crainte diffuse de la guerre moderne, avec ses armes invisibles, transformant un simple brouillard en menace…
Et puis il y a le tableau-cartable que portent ces instituteurs escargots… Symbole de l’instruction, il est aussi l’instrument de toutes les situations. De bouclier, il se transforme en cloison sacrée pour la cérémonie religieuse du mariage avant de préserver les ébats nuptiaux du regard des enfants. Abri pour tous ou brancard pour un mourant, il pourra, débité, servir d’attelle pour une jambe cassée d’enfant.
Même si l’idée de départ, la production et le montage sont assurés par son père Mohsen, Samira, du haut de ses 20 ans, a déjà une maturité de cinéaste qui augure un bel œuvre à venir.

Jean Gouny

1h25 - Iran - Scénario et dialogues : Moshen & Samira Makhmalbaf - Images : Ebrahim Ghafori - Musique : Mohamad Reza Daryishi - Montage : Moshen Makhmalbaf - Interprètes : Saïd Mohamadi, Bahman Ghobadi, Behnaz Jafari, Rafat Moradi.

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