La Noce
(The Wedding - Svabda)
Pavel Lounguine
Sélection Officielle
Mention spéciale pour l'ensemble de la distribution

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critique de Daniel Rocchia

 

Un bon film en cinq leçons

1°) Un bon film, c'est d'abord un bon scénario. Celui de La Noce est un modèle du genre: sujet simple mais construction dramatique solide, progression constante de l'action, classicisme discret (règle des trois unités quasiment respectée), sens du rythme, qualité du dénouement.

2°) A l'histoire proprement dite, il faut ajouter le traitement des personnages, la précision et la vitesse de leur caractérisation. A cet égard, la galerie de portraits brossés par Lounguine offre un relief remarquable et témoigne de l'intérêt que l'auteur porte à ses rôles, si humbles soient-ils. La communauté ici représentée fait jouer à plein l'usage de l'archétype (l'amoureux candide, le flic corrompu, l'ivrogne incorrigible, le bienfaiteur despotique…) sans que jamais le réalisme des situations ne soit pris en défaut.

3°) Mais pour donner vie à ces personnages, le travail des comédiens est primordial. Là encore, La Noce se distingue par la qualité de l'interprétation. Le catastrophique Garcoucha ou

l'odieux Borzov existent bel et bien par la grâce d'un jeu brillant et généreux, et la direction d'acteurs apparaît plus que jamais comme un exercice d'orchestration particulièrement exigeant et rigoureux.

4°) Ce qui nous amène naturellement à la mise en scène: aucune afféterie ici, aucun maniérisme. Lounguine travaille souvent caméra à l'épaule, filme tour à tour l'euphorie et le désespoir avec une égale délicatesse, utilise malicieusement la musique, les décors, les costumes. Le tout vous a un aspect "brut de décoffrage" particulièrement réjouissant.

5°) Enfin - et surtout - un bon film ne cherche à délivrer aucun message. Il a tout simplement un propos, qui infuse dans les détails comme dans l'ensemble et s'impose à nous. Ici, le bourg de Lipki comme métaphore du peuple russe contemporain, avec ses clivages et son unité, ses joies coutumières et son amertume. Et l'espoir qui luit dans ce couple semble être celui que Lounguine place dans l'avenir de son pays.

Daniel Rocchia

1h54 - Russie - Scénario et dialogues : Pavel Lounguine, Alexandre Galine - Images : Ilia Amursky - Musique : Vladimir Chekassine - Montage : Sophie Brunet - Interprètes : Marat Bacharov, Maria Mironova, Andréi Semtchev, Vladimir Somonov, Maria Goloubkina.

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