Lumumba
Raoul Peck
Quinzaine des Réalisateurs

très content

critique de Marie-Jo Astic

 

1961 - Une nuit dans la savane africaine : deux hommes blancs, ivres d'alcool et de dégoût, dépècent, tronçonnent et brûlent les corps de trois hommes noirs. L'un d'eux était Patrice Emery Lumumba, qui, alors que le Congo sortait d'un colonialisme archaïque, avait su imposer pendant quelques jours sa volonté et son rêve d'un pays libre et uni.
Elu Premier Ministre, ses velléités d'indépendance se heurtent vite aux politiciens congolais, avides de pouvoir personnel autant qu'aux administrateurs belges et aux puissances occidentales dont la seule préoccupation est le partage des richesses du pays. Mutineries, sécession du Katanga, débarquement militaire de la Belgique et fuite chaotique de ses ressortissants, complots, trahisons auront raison de l'idéal d'unité et de paix de Lumumba, ainsi que de sa vie : le Président Kasa-Vubu, mis en place par ses soins, accorde sa confiance au colonel Joseph Mobutu, “ami” de Lumumba, et les deux hommes, lui préférant de plus profitables alliances, le jugent désormais trop encombrant.

Ironie de l'histoire : en se battant pour une vraie démocratie, en se sacrifiant, Lumumba aura donc involontairement participé à la mise en place d'une des plus sanglantes dictatures africaines. A l'instar de son corps martyrisé, tout a été fait pour que le destin de ce dirigeant soit gommé de l'histoire et n'y laisse aucune trace.
En lui consacrant ce film, Raoul Peck repose la définition de l'authentique démocratie, qui ne parvient jamais à exister tant qu'elle reste un vain mot, compromis dès l'origine par les tares passées et présentes de dysfonctionnements entretenus et protégés.
Comme une prophétie, le destin de Lumumba continue malgré tout de hanter les puissants de ce monde et de résonner tragiquement aux quatre coins de la planète, meurtrie par d'implacables soifs de pouvoir et gangrenée d'intérêts inavouables.
Mise en scène sobre, images fortes, interprétation impeccable, le film réussit une approche moderne d'un héros historique et d'une légende, plutôt que d'un martyr.

Marie-Jo Astic

1h55 - France / Belgique / Haïti - Scénario : Raoul Peck, Pascal Bonitzer - Images : Bernard Lutic - Décor : Denis Renaut - Son : Dirk Bombey - Musique : Jean-Claude Petit - Montage : Jacques Comets - Interprètes : Eriq Ebouaney, Alex Descas, Maka Kotto.

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