Harry, un ami qui vous veut du bien
Dominik Moll
Sélection Officielle

très content

critique de Daniel Rocchia

 

La sélection française des films présentés en compétition à Cannes n'est pas particulièrement connue pour son éclectisme. Ainsi, si la présence d'Olivier Assayas ou d'Arnaud Desplechin n'a surpris personne, le film de Dominik Moll (remarqué en 1994 pour Intimité, son premier long-métrage) a fait agréablement figure d'outsider.
Dès les premières minutes d'Harry, on a le sentiment que le scénario (co-écrit par Dominik Moll et Gilles Marchand) va faire jouer en plein la rencontre de deux registres distincts. A bord du break familial qui les conduit vers la ferme qu'ils retapent pendant leurs vacances, Michel et Claire ont peine à échapper au stress causé par la canicule, les soucis financiers et familiaux, l'énervement de leurs trois fillettes. À ce postulat très "comédie dramatique", la première et anodine péripétie du film va associer une tonalité assez inattendue: dans les toilettes d'une station-service, Michel se sent observé par un individu qui se rappelle à son souvenir. C'est Harry, le copain de lycée perdu de vue depuis vingt ans, manifestement ravi de retrouver Michel, et très désireux de lui rendre service. L'anecdotique

rencontre est ici traitée avec une intensité incongrue : lisse, droit, souriant, Harry ne pourrait être que ce qu'il semble, un héritier chanceux, oisif et épicurien, à la recherche de relations authentiques. Mais le film invite très vite au soupçon, selon une progression géométrique et implacable, et ne se départira pas de cette dimension hitchcockienne totalement assumée, avec à la clé une brillante façon de pousser les logiques individuelles jusqu'à leur terme quasi-théorique, sans jamais perdre de vue le plaisir essentiel de l'intrigue. De même, l'interprétation de Sergi Lopez renforce très efficacement l'ambiguïté indispensable du personnage d'Harry, et finit par ajouter au film une touche savoureuse de drôlerie. Enfin, et sans dévoiler le dénouement, on pourra à loisir s'interroger sur la morale – elle aussi paradoxale – de cette histoire d'enfer pavé de bonnes intentions. Et ce n'est peut-être pas le moindre des mérites du travail de Dominik Moll que de livrer, sur un mode final peu éloigné de celui du conte, une réflexion originale sur le sens de la vie. Rien que ça !

Daniel Rocchia

1h57 - France - Scénario et dialogues : Dominik Moll, Gilles Marchand - Images : Matthieu Poirot-Delpech - Décor : Michel Barthélémy - Musique : David Sinclair Whitaker - Montage : Yannick Kergoat - Interprètes : Laurent Lucas, Sergi Lopez, Mathilde Seigner, Sophie Guillemin, Liliane Rovère, Dominique Rozan, Michel Fau.

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