Eureka
Aoyama Shinji
Sélection Officielle
Prix de la critique internationale (Fipresci) Grand Prix du jury œcuménique


très content

critique de Marie-Jo Astic

 

Une fusillade dans un bus : brutale, rapide, sans merci, extraordinairement bien filmée. A partir de cette scène, l'une des toute premières du film, et pendant les 217 minutes suivantes, Eureka saura maintenir la tension et captiver l'attention.
Les seuls rescapés de ce drame sont Makoto, le chauffeur, Naoki et Hozue, frère et sœur à l'écran comme à la ville. Rescapés physiquement, mais terriblement choqués et traumatisés par cette violence, terrassés par un effondrement intérieur, paralysés par un sentiment d'impuissance. A l'âge où il est trop tôt pour savoir évaluer sa propre volonté de vivre, Naoki et Hozue restent murés dans le silence. Deux ans plus tard, leurs parents divorcent, leur père est tué dans un accident de voiture et ils se retrouvent livrés à eux-mêmes et au souvenir d'ineffaçables images sanglantes. De son côté, Makoto tente de reprendre une vie normale au sein de sa famille. En vain. Il va alors retrouver les deux enfants et trois vies brisées s'unissent. Une sorte de nouvelle famille se soude entre ceux qui, ayant partagé le même drame, auront sans doute plus de chance de se comprendre et de libérer leur mémoire. Peu de

temps après qu'ait débarqué Akihiko, étudiant en
vacances et cousin des enfants, la décision est prise de rompre avec l'enfermement de la maison et de partir. Makoto achète un bus et la singulière famille prend la route.
Un double road movie commence alors. Celui du voyage dans Kyushu, où l'insularité renforce encore l'isolement des personnages et celui de leur cheminement intérieur : voyage de l'âme, quête du courage de vivre, du désir de rena”tre. Un voyage qui accouche d'un crime à chacune de ses escales, laissant à penser que l'une des victimes est devenue bourreau…
Aoyama Shinji, avec comme référence privilégiée La prisonnière du désert, revendique le genre western, qu'il traite en format cinémascope, couleur sépia, en attendant les couleurs de la délivrance finale, en attendant que les visages cessent enfin d'être muets.
Eureka compte parmi les œuvres les plus marquantes et les plus remarquable du dernier Festival de Cannes. Le jury ne semble pas s'en être aperçu.

Marie-Jo Astic

3h37 - Japon - Scénario et dialogues : Aoyama Shinji - Images : Tamra Masaki - Décor : Shimizu Takeshi - Musique : Yamada Isao, Aoyama Shinji - Montage : Aoyama Shinji - Interprètes : Yakusho Koji, Miyazaki Aoi, Miyazaki Masaru, Saitoh Yohichiroh, Yakusho Sayuri, Misuishi Ken.

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