Les Destinées sentimentales
Olivier Assayas
Sélection Officielle

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critique de Marie-Jo Astic

 

Il y eut ce bal à Barbazac, au cours duquel Jean et Pauline se rencontrèrent et qui scella pour toujours leurs destinées. A noter que, pour les connaisseurs, depuis Un chapeau de paille d'Italie (René Clair - 1927), on n'avait plus vu un Quadrille des Lanciers aussi bien enlevé avec un bon soupçon d'élégance en plus.
Car voici un film fort élégant – trop élégant peut-être – En terre charentaise, les existences s'accomplissent entre cognac et porcelaine. A une arrogante reconstitution du passé, Olivier Assayas a préféré sa restitution, fine jusque dans les moindres détails – trop fine peut-être. Cette atmosphère ouatée étouffe un peu le passage du temps sur des êtres que l'on souhaiterait voir un plus impliqués dans leurs propres destinées, sentimentales ou non. Dans cette saga familiale, il y a pourtant des moments de grâce, comme les retrouvailles estivales de toute la tribu des cousins et cousines, dans la demeure du père ou de l'oncle, au cours desquelles les apartés discrètes dévoilent la trame de l'histoire, les joies, les inquiétudes, le drame d'une guerre qui se prépare : parmi les cousines, il y a Julie,

personnage attachant et vrai, parce qu'il a le talent et l'incomparable voix décalée de Dominique Reymond. Révélée dans Y aura-t-il de la neige à Noël, elle sait donner à ses rôles une authenticité rare et on a eu le bonheur de la retrouver pour cette édition du Festival dans L'affaire Marcorelle. Dans Les destinées, le scénario la fait mourir suffisamment tôt pour qu'elle ne connaisse pas la vieillesse, contrairement à Jean/Charles Berling et Pauline/Emmanuelle Béart, qui doivent subir la périlleuse épreuve du grimage, grâce à laquelle, même excellents, les acteurs n'en finissent plus d'être trop jeunes pour être vrais. Isabelle Huppert, éblouissante dans Saint-Cyr, doit ici se cantonner à un rôle fade et sans âme. Et effectivement, voilà un film magnifique pour les yeux, mais qui manque de cœur. Si taire ses sentiments est l'apanage de ces gens-là, peut-être eut-il fallu les occulter du titre du film : Quadrille à Barbazac aurait fait l'affaire, car, une fois de plus, quel beau quadrille que voilà !

Marie-Jo Astic

3h - France - Scénario et dialogues : Olivier Assayas, Jacques Fieschi, d'après le roman de Jacques Chardon - Images : Eric Gautier - Décor : Katia Wyszkop - Musique : Guillaume Lekeu - Montage : Luc Barnier - Interprètes : Emmanuelle Béart, Charles Berling, Isabelle Huppert, Olivier Perrier, Julie Depardieu.

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