Dancer in the Dark
Lars von Trier
Sélection Officielle
Palme d'Or
Prix d'Interprétation féminine pour Björk


très content

critique de Marie-Jo Astic

 

"Trop c'est trop, en vouloir plus serait de l'excès". Il ne s'agit pas là des commentaires des détracteurs du dernier film de Lars Von Trier, Dancer in the dark. Trop c'est trop, ont-ils pourtant dit, et pour cause, il y a du mélo dans l'air : émigrée tchèque, mère célibataire, atteinte de quasi cécité, Selma, qui gagne durement sa vie en usine, épargne sou par sou pour pouvoir payer l'opération qui permettra à son fils de ne pas perdre la vue à son tour. Accusée à tort de vol par son voisin, qui abuse de sa confiance et profite de son handicap, elle est condamnée à mourir par pendaison.
C'est effectivement beaucoup, mais la petite phrase du début n'était qu'un extrait d'une des nombreuses chansons de cette éblouissante tragédie musicale, où Selma, résignée à perdre la vue, obstinée à sauver celle de Gene, se chante et chante au monde entier : J'ai déjà tout vu. Bien plus que des intermèdes ou des respirations musicales, ces instants chantés et dansés, chargés d'une puissance émotionnelle extrême, sont la véritable charpente du film en même temps que la raison de survivre de ce personnage idéaliste qui s'approprie, son par son, bruit par bruit, la musique comme seule échappatoire à la

réalité. Ils rompent le ton quasi-documentaire des scènes dialoguées, servies par le réalisme de la vidéo et des interprètes étourdissants d'humilité et d'humanité. Kathy (Catherine Deneuve) et Jeff (Peter Storemare) en font partie : deux collègues de travail, deux petites lumières dans le noir où peu à peu Selma s'installe et qui la guident jusqu'à la dernière danse et à la dernière harmonie, grâce auxquelles elle pourra sublimer sa peur et mourir debout.
Des premiers pas esquissés sur la scène du petit théâtre du village à l'apothéose finale, c'est bien sûr Björk qui, en plus de toute la misère du monde que porte Selma sur ses épaules, porte le film de bout en bout et accomplit un morceau de bravoure de 2 heures 19. En lui confiant l'interprétation du rôle principal, en plus de la composition musicale initialement prévue, Lars Von Trier, avec cette partition unique, lui impose un tour de force physique et psychologique dont Björk se souviendra sans doute longtemps tandis que le spectateur gardera en mémoire un spectacle comme il n'en avait encore jamais vu.

Marie-Jo Astic

2h19 - Danemark - Scénario et dialogues : Lars Von Trier - Images - Robby Müller - Décor : Karl Juliusson - Musique : Björk - Montage : Molly Malene Stensgaard, François Gedigier - Interprètes : Björk - Catherine Deneuve - David Morse, Peter Stormare, D. A., Joel Grey.

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