Capitaines d'avril
(Captains of April - Capitaes de Abril)

Maria De Medeiros
Sélection Officielle
Un Certain Regard

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critique de Marie-Jo Astic

 

Noir et blanc sur les images de sang et d'atrocités commises au Mozambique, en Angola, en Guiné-Bissau par un Portugal refusant de rompre avec le colonialisme : cette guerre inutile et homicide, pour laquelle les appelés ne savent plus pourquoi ils meurent et ils tuent, ce pays amputé de liberté par Salazar, frappé d'obscurantisme et d'immobilisme, fermé à l'ouverture européenne et à la communauté internationale, ce peuple maintenu en état d'analphabétisme pour mieux le maîtriser, vont conduire au soulèvement militaire de la Révolution des Œillets.
Des militaires qui refusent l'obéissance aveugle aux ordres et qui se battent pour un idéal de liberté, c'est rare. Une révolution pacifiste, respectueuse avant tout des vies humaines, c'est très rare : elle a eu lieu dans les rues de Lisbonne, dans la nuit du 24 au 25 avril 1974, a fait explosé la mémoire d'un passé trop douloureux et cristallisé l'immense espérance d'une population à rencontrer le futur, la démocratie et la paix.
Est-ce l'histoire elle-même ou bien est-ce son approche au féminin revendiquée par Maria de Medeiros, qui fait para”tre trop sage cette révolution ? Est-ce vrai que les chars entrant dans

Lisbonne s'arrêtaient au feu rouge pour ne pas risquer de blesser un passant ? Si tel est le cas, ce soulèvement est en tous points exemplaire et on se trouve un peu honteux, en la circonstance, d'être en manque de bruit et de fureur.
Le même ton est donné à l'histoire personnelle
et intimiste des trois protagonistes principaux du film : le personnage interprété par Maria de Meideros et deux amis de toujours, entre lesquels elle à eu un jour à choisir. Manuel (Frédéric Pierrot) est devenu son mari et ses activités affichées le place à tort au rang des traîtres à la cause. Le Capitaine Maia (Stefano Accorsi) conduit la révolution et symbolise sa jeunesse et l'idéal qu'elle soutient. Tout en douceur, cet épisode de l'histoire saura aussi régler ce conflit intérieur.
Du film trop paisible d'une révolution trop paisible on retient finalement la force extrême de son idée maîtresse : le Capitaine Maia contraint son pays à avancer vers un avenir meilleur par la seule force de la non-violence et dédaigne le pouvoir que son acte lui confère pour en laisser l'exercice à ceux qu'il juge plus compétents que lui. Dommage qu'une telle leçon de pureté et d'humilité n'ait plus jamais été suivie d'autres exemples.

Marie-Jo Astic

2h03 - Portugal - Scénario et dialogues : Maria De Medeiros, Eve Deboise - Images : Michel Abramowicz, A.F.C. - Décor : Guy-Claude François, Augustì Camps-Salat - Musique : Victorino D'Almeida - Montage : Jacques Witta - Interprètes : Stefano Accorsi, Maria de Medeiros, Joaquim De Almeida, Frédéric Pierrot, Fele Martinez, Manuel Lobao, emmanuel Salinger.

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